06/12/2012

Interview de l'Ateliers Colors

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De gauche à droite : Françoise Dupeyron, Raluca Voicu, Dominique Nier, Françoise Verdier,
Corinne Guiot, Annie Chancel.

L’Atelier Colors est une association qui propose à ses adhérents des cours d’Arts Plastiques afin de les initier aux techniques de bases : dessin, peinture, collage, modelage, volume. Le but de cette dernière est d’éveiller la curiosité et de développer la créativité de son public, enfants adolescents ou adultes.

Cet atelier est sous la tutelle de Corinne Guiot, professeure de l’activité et passionnée de peinture et de dessin depuis toujours. Elle en a fait même son métier après quelques années d’apprentissage dans des cours différents où elle a rencontré Françoise Verdier, son acolyte, chez Mireille Bail, artiste qui lui a beaucoup apprise. Après un peu de cours du soir, Corinne a finalisé son parcours en passant une licence d’Arts plastiques, avant de commencer à enseigner, il y a environ 5 ans, pour  se concentrer à l’Atelier Colors.

L’Atelier Colors s’est énormément impliqué dans notre merveilleuse aventure de « Beauté & Handicap » en nous proposant des œuvres de qualité, qui ont su attirer l’attention de tous. D’ailleurs deux membres de cet atelier font partis des primés :

Aude Windeck, benjamine des participants, pour son œuvre : « Un élève comme les autres ». Un tableau qui a obtenu le deuxième prix, peinture, du jury des professionnels en plus d’être la 6ème sélection du public. – voir interview.

Raluca Voicu, qui nous a proposé « Les yeux du cœur », une œuvre très appréciée qui a obtenu le deuxième prix, peinture, du public.

En compagnie d’autres peintres amateurs qui ont participés à cette merveilleuse exposition, dont l’une des primés, nous avons pu recevoir leurs impressions sur cette aventure « hors normes » mais néanmoins très enrichissante.


Leurs oeuvres

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Françoise Dupeyron - Le pin perché

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Ralluca Voicu - Les yeux du coeur

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Dominique Nier - Le regard

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Françoise Verdier - Eternelle cécité

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Françoise Verdier - Eternelle cécité

 

Raluca Voicu est une jeune femme qui habite à Nîmes depuis près de deux ans désormais. Originaire de Roumanie, elle y a étudié les Beaux-Arts avant de venir en France où elle a intégrée l’Ateliers Colors. Un atelier dans lequel elle a beaucoup apprise car il lui a permis de voir, faire des choses différentes.

Dominique Nier ne faisait pas vraiment de la peinture avant d’intégrer l’atelier qu’elle fréquente désormais depuis trois ans. Elle y apprend beaucoup et n’aspire qu’à perfectionner les compétences qu’elle apprend au sein de ce dernier.

Françoise Verdier, se trouve à l’atelier depuis sa création. Auparavant elle se trouvait dans un autre atelier avec Corinne Guiot. La peinture est un loisir pour elle, plus qu’une passion.

En ce qui concerne Annie Chancel, cela ne fait qu’une année actuellement qu’elle se trouve à l’Atelier. Elle n’avait jamais fait de peinture auparavant et c’est par désir de découvrir de nouvelles choses qu’elle a intégré le groupe.

Dupeyron Françoise a toujours beaucoup aimé dessiner et gribouiller. Elle avait auparavant prit des cours au lycée avant de faire six mois aux Beaux-Arts. Au départ de ses enfants de la maison familiale, elle s’est décidée à se trouver du temps libre et faire ce dont elle avait réellement envie. Cela fait donc trois ans qu’elle est à l’atelier, passe-temps pour faire une pause dans son activité de Psychomotricienne.


Question : « Que ressentez-vous vis-à-vis du prix que vous venez de recevoir ? »

Raluca Voicu : « J’étais surprise et contente car je suis quelque d’assez modeste. Je ne fais pas de magnifiques peintures même si mes parents où mon copain me disent le contraire. Avec ce résultat, j’ai senti que je m’étais un peu intégrée ici en France, parce que la langue, les gens sont un peu différents. C’est un peu difficile pour moi d’entrer dans leur monde, je suis toujours un peu chez moi, je n’ai pas de copains, mais c’est ici que je me suis intégrée avec une petite image et une peinture. »

Corinne Guiot : « Je suis fière de mes élèves, bien entendu. D’abord je suis fière de notre participation car on a osé quand même participer avec des niveaux différents, ce qui n’était au départ, pas quelque chose d’évident, mais en même temps, avoir deux élèves primés, bien sûr que c’est une fierté pour l’atelier. »

Françoise Verdier : « Oui car ce n’est pas évident d’exposer sa création à tout le monde. Moi je sais que pendant longtemps, c’était quelque chose d’intime, et quand on me demandait si je comptais vendre un jour, je répondais souvent que si je vendais une de mes œuvres, j’aurai la sensation de vendre un enfant… même si en fin de compte c’était un tableau quelconque mais voilà dans mon esprit, c’était ainsi. Mais en même temps, c’est contradictoire car une œuvre est faite pour être vue. Il manque une dimension en fin de compte. »

Annie Chancel : « Autant Françoise disait que pour exposer, celui lui avait été difficile, autant moi j’étais super contente car cela ne faisait même pas un an que je peignais. Je ne pensais donc pas exposer quoique ce soit. Mais Corinne a mis ma peinture donc j’étais enthousiaste. Je me suis donc dis que je devais progresser car c’était ma première œuvre. » Question : « Le thème : « Beauté & Handicap » vous a inspiré ? »

Annie Chancel : « Non, sur le coup je me suis dit qu’il n’y avait pas quelque chose d’aussi compliqué que cela. » Françoise Dupeyron : « Non aussi. A la base, ça ne m’a pas inspiré parce que j’avais du mal à faire le lien entre la beauté et le handicap. C’était une chose quelque peu subtile que je découvre encore maintenant. »

Corinne Guiot : « Au départ, je leur ai demandé si elle souhaitait y participer et tous m’ont répondus : oui. Par contre, peut-être qu’il s’agissait d’un oui sans trop y réfléchir. Quand on s’y est mis vraiment dedans, on a fait un tour de table, brainstorming, pour essayer de justement éviter que chacun réfléchisse dans son coin, voir comment on pouvait associer la beauté et le handicap. Il a donc fallut définir la beauté, déjà c’est une chose et ensuite le handicap. C’est vrai qu’au départ, cela n’a pas été facile parce que pour parler du handicap, c’est un peu observer le regard des gens sur les personnes en situation du handicap… c’est quelque chose qui est souvent difficile. Il fallait vraiment passer ce moment de doute, de pudeur, d’appréhension, voir même de moqueries gentilles… enfin ce n’était pas vraiment rentré dans un travail artistique mais il a fallu dépasser tout cela. Dès que chacun a eu une idée, cela a été plus facile et même bénéfique pour tous. Notre regard, le fait d’en parler, il est évident que notre regard a changé. Pour ma part, même si je n’ai pas produit, cela m’a ouvert d’avantage sur le monde du handicap et mon regard a été transformé. »

Raluca Voicu : « Pour moi, cela était une coïncidence car à ce moment-là, je travaillais comme auxiliaire de vie pour une personne aveugle, mais elle me disait tout le temps, qu’elle était très belle, qu’elle souhaitait se marier, avoir des enfants quand bien même était-elle un peu âgée. Pour ma part, j’étais étonnée car je ne comprenais pas comment elle pouvait penser ainsi car j’ai toujours pensé que si je finissais handicapée, ma vie était finie, je reste à la maison et ne fais rien. J’admire donc son courage et sa façon de penser ainsi. »


Question : « Dites-nous, comment avez-vous procédé pour réaliser votre tableau ? »

Corinne Guiot : « Après le brainstorming, chacun en fonction de sa sensibilité à travers des histoires personnelles, des gens qu’ils connaissaient sur tel handicap, chacun a choisi un sujet, sa technique de prédilection. Raluca c’est l’huile, Dominique aussi. Françoise, Annie c’était l’acrylique. Ensuite, on travaille beaucoup à l’acrylique mais Aude c’était le crayon. Les techniques aussi étaient différentes pourtant sur le même format. »

Raluca Voicu : « J’ai fait la femme avec le nénuphar. Pour l’imaginer, j’ai pensé à ce que j’aimais le plus : la mer, l’eau, les fleurs et les femmes. Pour les couleurs, le vert étant ma couleur préférée, j’ai alors songé à ma femme chez qui je travaillais et j’ai mixé tout cela pour réaliser mon œuvre. »

Dominique Nier : « Pour ma part, j’ai choisi une personne qui louche. Une femme peintre qui se regardait dans un miroir et qui peignait sans loucher. Elle se trouvait belle. »

Françoise Verdier : « J’ai eu beaucoup de mal à démarrer, à aborder ce thème et j’ai eu besoin d’un support. Je me suis souvenu que Modigliani peignait beaucoup de personnages en « oubliant » de leur faire des yeux. Ça les rendaient donc aveugles et je suis partie là-dessus avant de dévier… en feuilletant, cherchant des idées, je suis partie en même temps sur le buste de Néfertiti, que j’admirais tellement lorsque j’étais petite. Je la trouvais d’une telle beauté que pour moi, c’était la plus belle femme du monde… jusqu’à l’occasion où j’ai pu réellement voir le buste au musée Egyptien et je me suis aperçue qu’il lui manquait un œil… et cela ne m’avait pas gênée, elle était toujours aussi belle. C’est pour cela que j’ai choisi Néfertiti à la façon Modigliani. »

Annie Chancel : « Personnellement, la beauté était forcément une femme. J’ai donc représenté une femme et je voulais la représenter dans un cadre agréable : le soleil, la mer. Je ne connaissais pas de personnes en situation d’handicap donc je suis partie sur cette idée en dessinant une femme sur la plage avec un handicap, mais ce qui ressortait du tableau était plus la beauté que le handicap. »

Françoise Dupeyron : « On peut voir des personnes laides en situation de handicap, tout comme valides. Je n’ai donc pas voulu dessiné la beauté du handicap car j’avais du mal à cerner cette idée. J’ai préféré peindre la difficulté des personnes à vivre dans le milieu du handicap, la capacité qu’ils ont à être et pouvoir continuer à être si plein d’énergie. C’est pour ça que j’ai décidé de peindre un arbre qui survit sur une falaise en puissant sa force, sa sève au plus profond de la roche. »


Question : « D’ailleurs dites-nous, quel peintre vous inspire ? »

Raluca Voicu : « Le mien s’appelle le maitre de la peinture « marine », c’est un russe qui s’appelle Ivan Aivazovsky. J’aime beaucoup la peinture romantique, tout ce qui est 1800 : Eugène Delacroix, Francisco Goya, et bien sûr mes racines sont roumaines… »

Dominique Nier : « Je suis admirative de bon nombre d’artistes, mais je n’en ai pas qui m’inspire particulièrement. »

Françoise Verdier : « La peinture contemporaine en général. Pas forcément l’abstraction mais le dernier siècle, les impressionnistes. »

Annie Chancel : « Les impressionnistes, mais je n’en connais pas en particulier. »

Françoise Dupeyron : « J’aime bien Dali, qui m’inspire plus qu’autre chose. »


Question : « Est-ce que cette aventure vous a permis d’aborder la situation du Handicap autrement ? »

Raluca Voicu : « Mon regard est différent depuis que je suis arrivée en France car chez moi, les personnes handicapées, on ne les voit pas dans les rues. Ils n’ont pas de fauteuil roulant car ils sont dans leurs maisons, leurs familles. Quand je suis arrivée en France, le fait de les voir dans les rues, j’avais peur de les regarder… j’étais étonnée. Maintenant je m’y suis habituée et quand on a fait cette expérience, j’ai commencé à ouvrir les yeux et accepter les gens comme eux. »

Françoise Verdier : « Cette énergie qu’ils ont, a surmonté leur handicap et des fois à le faire oublier est très belle. Comme je l’ai dit, ce que je trouve beau, car j’ai du mal à trouver de la beauté à un handicap, c’est cet homme sans bras, ni jambes, qui a traversé la manche et qui a essayé de traverser les différents détroits qui relie les cinq continents. Tout comme cette femme reporter qui parcourt le monde avec son chien d’aveugle. C’est ce dépassement dans le handicap, que je trouve beau et qui me fascine. »

Françoise Dupeyron : « Je travaille avec des personnes handicapées donc ça n’a pas réellement changé mon regard et à la limite j’étais quelque peu gênée par ce thème car je ne trouve pas forcément que le handicap est beau et je pense qu’il y a des personnes belles, qu’elles soient handicapées ou pas. »


La directrice de la délégation, ainsi que les membres du jury tiennent à exprimer leurs remerciements à l’Atelier Colors, pour leur implication dans le projet.

Nous aurons l’occasion de le faire officiellement lors de l’exposition des professionnels en décembre.

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